"— En fait, je croyais ne faire qu'un seul épisode dans le temps, constate Roger Leloup, mais les lecteurs ont souhaité que j'y revienne. Ils aiment bien et c'est une possibilité de renouveler les décors et les atmosphères. Mais chaque fois que je réutilise la machine, j'ai l'impression de refaire les mêmes dessins, forcément ! Dans un certain sens, j'y suis moins libre qu'avec les Vinéens où je peux m'amuser à composer régulièrement de nouveaux engins...Je n'en suis donc, au vingt-deuxième album, qu'à mon quatrième voyage dans le passé quoique cela me permette de confronter Yoko à d'autres époques. Je préfère ne pas aller vers le futur, car on s'y engage en terrain mouvant. Après tout, les Vinéens sont déjà pour moi une forme de futur extérieur au nôtre. C'est une civilisation futuriste parallèle à la nôtre sans être trop différente, ni extravagante. Je peux lui attribuer en toute liberté d'imagination des découvertes qui appartiendront peut-être à notre propre troisième millénaire. Et ceci sans jouer à l'auteur visionnaire qui décrit notre évolution. On se trouve vite dépassé par la réalité lorsqu'on extrapole ce que sera la civilisation dans quelques générations d'ici... Faire revivre une époque disparue m'offre le plaisir de la redécouvrir moi-même. Lorsque Yoko reste sur terre, j'aime disposer d'une documentation solide, ce que permet un séjour dans le passé..."
De gauche � droite : Roger Leloup, Willy Lambil et Raoul Cauvin
Ainsi Yoko rencontre son oncle Ishida en 1943, bien avant sa propre naissance, mais c'était un fait qui était déjà écrit en quelque sorte dans l'histoire de sa famille. Son action est dirigée contre une créature étrange, se nourrissant d'antimatière, afin d'éviter que l'invention ultérieure d'une bombe à contraction détruise la planète en 3 872. Ce premier voyage interfère donc dans le passé pour préserver l'avenir. Ce bouleversement bénéfique condamne cependant Monya à rester exilée dans le temps, auprès de Yoko, afin de ne pas perturber sa propre époque désormais modifiée.
La découverte par Yoko, à la planche 4, d'une sculpture représentant sur un temple une danseuse balinaise est assez importante à ce stade de la série. En soi, la séquence apparaît simplement comme une petite touche d'exotisme local mise là pour authentifier le décor. En photographiant ce détail architectural lors de son voyage de documentation à Bali, Roger Leloup ignorait encore qu'il s'intégrerait un jour de manière beaucoup plus vivante à son œuvre. |
 |
Couverture de lancement dans le journal de Spirou en 1980 |
 |
|
 |
Ce n'est que quelques années plus tard qu'il entreprendra de faire revivre cette danseuse dans son dix-septième album, Le Matin du monde, la seconde grande aventure de Yoko dans le temps. Avec les personnages secondaires récurrents déjà bien définis, ce type de lien discret assure la cohésion de l'œuvre d'un album à l'autre. Le subconscient de l'auteur travaille constamment à préparer l'avenir sans que ce dernier soit toujours conscient des motifs pour lesquels il glisse ici et là des ouvertures sur un imaginaire qu'il développera un jour plus en détail. |
 |